Nous avons commencé nos ateliers à l’Espace des 4 Vents en septembre 2026. 2 gros enjeux sur ces ateliers : le choix d’intervenants en phase avec nos attentes (merci aux amis qui nous ont mis en contact avec Thelma et Aurelio qui sont parfaits pour relever ce défi), et ce qui nous a préoccupé jusqu’à la dernière minute : le sol !
En effet, le sol de la MJC est une sorte de lino posé sur béton : un régal pour nos pieds et nos genoux, et un son absolument unique… 🙁 Mais nous sommes déjà bien contents de bénéficier de ce bel espace grâce à notre collaboration avec la MJC. Nous devions donc nous atteler à trouver une solution pour un peu plus choyer nos corps et nos oreilles.
Bien entendu, pour donner un peu plus de piment au défi, la MJC ne pouvait pas nous permettre de laisser le plancher de manière permanente posé dans la salle : il fallait l’enlever et trouver un endroit adéquat pour le poser à chaque fin de séance.
Plusieurs questions se sont posées :
- quel bois choisir ?
- quel format ?
- quelle surface acheter pour répondre à nos besoins ?
- comment maintenir les panneaux entre eux ?
- comment donner de la souplesse mais sans trop ?
Le type de bois
Nous avions acheté dans un premier temps (en 2024) pour un spectacle 3 panneaux OSB de 2m sur 0,67cm. Le retour d’expérience, c’est que l’OSB ne tient pas dans le temps quand on le monte et le démonte : il s’effrite un peu à chaque fois. Donc tant pis pour la solution bon marché.
Nous avons anticipé que nous aurions les mêmes problèmes avec tous les bois à base de colle : panneau de particule, MDF, etc.
Nous avons contacté un fabriquant de planchers amovibles sur demi-balles de tennis. Réfléchissant à notre besoin, et vu le prix de son plancher, il nous a conseillé d’ajouter une couche sacrificielle à changer tous les 2 à 3 ans, en bois dur (classiquement du bouleau, potentiellement aussi de l’oukoumé). Mais l’investissement, même durable en ajoutant la couche sacrificielle, était absolument inaccessible pour notre petite association qui commençait tout juste son activité (160-180€/m²). Mais ce que nous avons compris à ce moment de l’enquête, c’est qu’il y avait des bois durs et des bois tendres, et que pour donner un bon son et résister aux impacts des clous, il fallait un bois dur.
L’été 2026, nous avons pu apprécier à Grenade des planchers en bois de coffrage (bouleau contreplaqué vernis). Nous commencions à nous fixer sur cette solution, beaucoup moins onéreuse (50-60 euros le m²). Par ailleurs, en discutant avec un maçon français sur place, il nous a confirmé que les panneaux de coffrage étaient une bonne solution par rapport à notre besoin et que c’était ce qu’il voyait le plus souvent à Grenade.
Septembre, horloge qui tourne, début des activités le 19, nous sommes de retour à Lyon. Direction un marchand de bois pour discuter de cela. 2 panneaux en bouleau nous sont présentés, histoire de faciliter les choses :
- le panneau bouleau vernis semble trop glissant (possible que ceux qui sont installés dans les écoles soient déjà assez usés pour ne plus l’être)
- le panneau avec surface antidérapante est bien adapté pour un sol
Les autres bois sont plutôt faits pour l’ameublement et ne supporteraient certainement pas la charge et les coups. Un doute sur l’anti-dérapant : est-ce que ça ne gène pas pour faire les tours ? Nous avons droit à un petit échantillon pour tester. Bilan : ça gène les tours. L’horloge tourne.
En cherchant sur le site du marchand de bois des alternatives, nous trouvons des panneaux en bouleau brut, et aussi de l’oukoumé, dont on nous avait déjà parlé. Nous trouvons également, moins cher, des panneaux en peuplier, bois tendre, avec des faces en oukoumé. Cela pourrait être un bon compromis, d’autant que les panneaux en bouleau de 250cm*125cm font 38kg et ceux-ci 26kg. Ce n’est pas négligeable quand il faut installer et ranger les panneaux chaque samedi.
Nous rappelons pour savoir si nous pouvons prendre du bouleau brut pour commencer. Les avis sont contrastés : une personne nous dit que ça convient, une autre que c’est du bois d’ameublement, qu’il va se fendre avec le temps, et que c’est dommage de prendre un bois aussi cher pour une durée de vie limitée. Nous évoquons alors le peuplier avec les faces oukoumé. La solution semble convenir, selon notre interlocutrice (prix raisonnable par rapport à la durabilité).
Nous décidons donc de porter notre choix sur le peuplier avec face oukoumé.
Le format
Encore faut-il choisir le format des panneaux. Les dimensions sont assez standards. Pour ce bois, ce sont des panneaux 250cm*122cm. Mais l’épaisseur ? Les mesures faites sur les planchers granainos nous orientaient vers des panneaux de 18mm d’épaisseur, épaisseur classique de bois de coffrage. Est-ce que du 15mm d’épaisseur suffirait ?
Nous en discutons avec le marchand de bois, au moment de parler des panneaux en bouleau. Si l’objectif n’est pas d’y poser un meuble lourd, 15mm devrait suffire. Cela n’est pas requestionné avec le changement de bois, et le 15mm a un double argument : le poids et le prix.
Nous choisissons donc des panneaux de 15mm d’épaisseur. Voici donc nos panneaux de bois (nous avons même eu le droit à une petite réduction) :
La surface
Nous étions partis au départ sur 50m² pour pouvoir accueillir jusqu’à 15 participants. Les projections financières nous ont amené à commencer de manière plus raisonnable avec 30m², avec dans ce cas plutôt une limitation à 10 participants. (ce qui revient au final à un panneau par participant)
Le maintien et la souplesse
L’autre question qui nous a hanté, c’est « comment maintenir les panneaux collés les uns aux autres. Nous imaginions des systèmes sophistiqués d’accroche faciles à mettre et à enlever, rien de simple à créer pour des non professionnels ni de très durable dans le temps.
Le maçon français rencontré à Grenade nous a affirmé que sur des panneaux lourds comme ça, de simples patins antidérapants suffisaient à immobiliser le panneau. Une solution inespérée : il suffisait d’acheter les panneaux, y coller de l’antidérapant, et les poser les uns à côté des autres, sans système compliqué qui rallongerait le temps d’installation et qui s’userait avec le temps.
L’objectif était alors de trouver de l’antidérapant qui pourrait servir d’antivibration par la même occasion. Nous trouvons plutôt des bandes fines (2-3mm) faites pour être mises sur des lambourdes. Une référence a attiré notre attention : des bandes antidérapantes du même matériau que celui qu’on met sous les machines à laver, d’1cm d’épaisseur.
Direction Leroy Merlin pour trouver la colle adaptée. Au milieu de la jungle des propositions, la seule qui indiquait explicitement coller le caoutchouc et le bois était un gel néoprène.
Nous voilà équipés pour le montage !
Le montage
Une fois le tout rassemblé à la MJC, quelques soirées ont été nécessaires pour monter le tout. Après un premier essai avec 24 bandes de 25cm réparties par panneau, il y avait un effet rebondissant. Nous avons décidé d’acheter des tasseaux de 9mm d’épaisseur sur 2m, pour servir de butée et diminuer cet effet. Cela a globalement fonctionné. Quelques endroits vibrent encore un peu sur certains panneaux, nous comptons y mettre des petits morceaux de tasseau pour les stabiliser. A noter que le sol n’est pas non plus très lisse dans la MJC, cela peut jouer sur la présence de ce type d’effet. Voici donc la forme finale du dessous de nos panneaux, et de notre joli plancher posé :


En tout, pour mettre en place tout cela sur 10 panneaux, il nous aura fallu :
- 6 bandes antidérapantes de 10m sur 80mm avec une épaisseur de 10mm,
- 10 tasseaux 23mm*9mm*2m
- un peu moins de 3L de colle néoprène, patiemment étalée sur chaque surface à coller (il fallait donc marquer au crayon les surfaces à coller sur le bois), pour ensuite laisser s’évaporer les solvants et coller
Retour d’expérience
Avant de se lancer dans des constatations plus critiques et visant l’amélioration continue, disons-le : ce plancher fait plutôt bien le job pour l’instant : le son est bon, c’est confortable pour les pieds et les genoux, c’est rapide à installer à 2, et nous avons pu installer 30m² de plancher contreplaqué pour 1300 euros, bandes antidérapantes, colle, et tasseaux compris, ce qui est très raisonnable (soit 43,33 euros le m²). Nos premières estimations nous amenaient plutôt à un budget supérieur à 3000 euros, voire 6000 euros pour les solutions de plancher mobile clé en main.
Ce qu’on ne regrette pas du tout : le poids du panneau par rapport à l’équivalent en bouleau. Ca se porte bien à 2, on imagine que ce ne serait pas aussi simple de déplacer un panneau de 10-15kg de plus.
On apprécie aussi le son, assez profond. 4 panneaux comme ceux-ci permettent de faire un super tablao de spectacle (beaucoup d’artistes ont même l’habitude de danser sur une surface équivalente à moins d’un panneau).
Côté usure, on voit déjà des fissures sur l’oukoumé. C’est une couche fine. Mais le peuplier, bois tendre, ne propage pas cette fissure (le bouleau aurait peut-être fissuré plus lentement, mais plus en profondeur). On pourra potentiellement réparer au fur et à mesure les fissures avec de la pâte à bois.
15mm d’épaisseur, c’est un peu juste, nous regrettons un peu de ne pas avoir pris du 18mm. Certainement la souplesse du peuplier par rapport au bouleau joue.
En mettant juste des bandes antidérapantes en dessous, il y a trop d’effets rebondissants (à moins peut-être de rediviser en 2 chaque bande pour mieux les répartir). Les morceaux de tasseau qui font butée sont bien complémentaires de ces bandes.
Les panneaux peuvent bouger un peu malgré l’antidérapant, mais pas de plus d’un centimètre, ce n’est pas particulièrement gênant.
En résumé
| Choix | Ce qu’on aime | Si c’était à refaire | |
| Nature du bois | Contreplaqué peuplier face oukoumé 15mm d’épaisseur | Le poids (beaucoup plus léger que du bouleau), parfait quand il faut monter/démonter à chaque fois. Un bois souple à l’intérieur avec une surface en bois dur. L’oukoumé se fissure mais la fissure ne se propage pas aux couches du dessous. | Peut-être qu’il se tiendrait mieux avec du 18mm d’épaisseur, sans trop alourdir. Un peu plus cher, mais peut-être envisager un panneau peuplier et y fixer une face bouleau ou oukoumé un peu plus épaisse (3mm). Couper en 2 les plaques permettrait potentiellement de les déplacer seules, mais il y aurait plus de transitions. |
| Nature du lien au sol | bandes antidérapantes 25cm*8cm*1cm, renforcement par tasseau 9mm | Confort lors des frappes, bon son, le tasseau joue bien son rôle de butée pour éviter que le panneau vibre trop | Ca vibre encore à certains endroits où les espaces entre 2 appuis sont trop grands. Faire des bandes plus petites et plus réparties (48 bandes de 12cm au lieu de 24 bandes de 25cm par panneau). Ce qu’il faut éviter : des espaces vides trop importants. On peut mettre des bouts de tasseau en plus aussi si il y a des trous. |
| Lien entre les panneaux | Aucun, on compte sur le côté antidérapant des bandes | Facile à mettre en place L’écart sur 3 heures de cours n’est pas significatif (1 ou 2cm à certains endroits) | Ca peut bouger un peu quand-même. Peut-être prévoir quelque chose qui fait cerclage au bord, ou utiliser une lamelleuse pour ajouter des lamellos (devrait permettre de bien maintenir les panneaux, à voir si ça complexifie l’installation) |
Conclusion
Nous espérons que ce retour d’expérience permettra à d’autres d’avoir des pistes pour créer leur plancher démontable. Cette solution est très bien dans cette logique de plancher amovible en intérieur, des panneaux en bouleau seront potentiellement plus appropriés malgré tout sur un plancher fixe (peut-être en couche sacrificielle sur des panneaux OSB dans ce cas afin de réduire le coût).
Merci à tous les gens qui nous ont conseillé, et longue vie à ce 1er plancher de la Peña La Flamencura !

